Discours banquet  du vendredi malsain 2015

Mécréantes, mécréants,

Citoyennes, citoyens,

Nous voilà réunis autour d’une table qui nous permettra de satisfaire le ventre et l’esprit.

Pourquoi un banquet ? Pourquoi un banquet du vendredi malsain ?

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Nos banquets ne sont pas sans rappeler ceux qui débouchèrent sur la révolution de 1848. Non pas que ces banquets firent la Révolution, mais ils en constituèrent les maillons de démocratie qui permirent d’y aboutir. Face à un régime de restriction des libertés, face au conservatisme du calotin Guizot, les oppositions se retrouvèrent dans la campagne des banquets, et le républicanisme s’y développa jusqu’à la chute du régime. Entre 50 et 70 banquets, 17 à 22 000 citoyens souscripteurs réclamant un changement de régime politique. Lille, Dijon, Chalon-sur-Saône, Toulouse, Saint-Denis, Rouen, Lyon, Paris, Château-Rouge, autant de banquets qui ont approché ou dépassé le millier de convives.

Face à eux, Guizot, bras armé de l’Eglise, elle-même pointe avancée de l’obscurantisme. Dans son ouvrage le Temps des banquets, Vincent Robert écrit : « avant 1848, les banquets étaient pratiquement la seule forme de réunion publique tolérée, à peu près comme les enterrements de personnalités politiques de l’opposition étaient la seule forme de manifestation tolérée ; après 1848, et surtout après 1881, ils sont devenus une des formes possibles, mais pas nécessairement la plus utilisée d’une liberté fondamentale, une liberté d’expression politique désormais reconnue à tous les citoyens. »

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Banquet des maires – 1900

C’est dans l’esprit des banquets que la Libre Pensée a pris racine dans le pays ; c’est à travers les dizaines de banquets que la Libre Pensée se construit, se développe et expose son point de vue.

1848, 2018, la Liberté, citadelle assiégée par les cléricaux

En 2015, on nous dit que les temps ont changé. Et pourtant, Guizot est mort, mais les Guizot restent. Le parti clérical est toujours là ; depuis 2012, il est sorti de l’ombre pour occuper la rue. Il se montre et ne s’est jamais autant agité pour imposer ses vues à l’ensemble des citoyens. Il continue d’arpenter les arcanes de la Commission Européenne, pesant de tout son poids sur des débats comme le mariage, le divorce, la GPA, la PMA, la fin de vie.

Le débat sur la fin de vie, sur le droit à mourir dans la dignité, sur la nécessaire législation pour apaiser la souffrance face à la mort a connu la cinglante réponse de l’archevêque de Rennes, Pierre d’Ornellas citant le rapport Sicard : « Il serait illusoire de penser que l’avenir de l’humanité se résume à l’affirmation sans limite d’une liberté individuelle, en oubliant que la personne humaine ne vit et ne s’invente que reliée à autrui et dépendante d’autrui». Et concluant : « Nous ne sommes pas indépendants, mais inter-dépendants. »

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Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes

Hors de l’Eglise, hors de la famille, point de salut, point de libertés, point de choix. C’est le dogme qui fixe les limites de la liberté individuelle. Argumenter contre un calotin, c’est comme jouer aux échecs contre un pigeon. Peu importe votre niveau, le pigeon va juste renverser toutes les pièces, déféquer sur le plateau et se pavaner fièrement comme s’il avait gagné !

Il en va de même de la Laïcité

La Laïcité exposée dans les médias ressemble à une pièce de théâtre où on ne sait si c’est le comique ou le tragique qui l’emporte. De décembre 2014 à aujourd’hui, la laïcité n’a jamais été autant au cœur du débat,

  • encensée par des élus qui détournent allégrement les fonds publics,
  • admirée par ceux qui voudraient réécrire la loi de 1905,
  • utilisée par ceux qui la brandissent dans les crèches, les entreprises, les universités comme d’un serment de Foi,
  • étrillée par la légion des nouveaux volontaires Français qui organisent la chasse à l’ennemi intérieur qui n’aurait ni la bonne couleur, ni la bonne religion.

« Toutes les pierres sont taillées pour l’édifice de la liberté, disait Saint-Just ; vous lui pouvez bâtir un temple ou un tombeau des mêmes pierres ».

Avec ces bonimenteurs, il ne peut y avoir de compromis. Si la Laïcité est partout, alors elle n’est nulle part.

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Louis Antoine de Saint-Just

De fait, la Libre Pensée, mère de la loi de 1905, entend la préserver. La Loi ne doit être ni abrogée, ni réécrite, il suffit de l’appliquer. Au premier chef, c’est aux représentants du peuple, non seulement d’en être les garants, mais aussi les plus fidèles exécutants. N’en déplaise à messieurs Valls qui court au Vatican pour la canonisation de deux Papes, Sarkozy qui agite le voile et les repas comme des cassus belli, et madame Le Pen avec sa Laïcité qui ne touche pas aux traditions chrétiennes.

Reprenant Pierre Dac, nous pouvons dire : « La formule évangélique, en vérité je vous le dis, sert aux faux-jetons à transformer les vrais mensonges en fausses vérités. » Et ce sont les libertés qui en pâtissent, les vôtres, les nôtres, celles des millions de citoyens de ce pays qui cherchent à comprendre, à saisir ce qu’est la laïcité.

Alors que nous connaissons nos ennemis, il est important de multiplier nos forces. De nous préparer aux confrontations avec les Eglises.

La Fédération nationale a pris ses responsabilités en sortant la brochure : Qu’est-ce que la Libre Pensée ?, en vente à 8 euros seulement. C’est ce que nous sommes et ce que nous voulons être : une Libre Pensée détachée de toute pensée unique, de tout dogmatisme, de toute influence. Une partie de notre histoire pour permettre aux jeunes libres penseurs de reprendre le flambeau.

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Mécréantes et mécréants, gens de mauvaise foi, Républicains et révolutionnaires, nous nous adressons à tous pour préparer la manifestation du 5 décembre 2015. Nous vous invitons à vous inscrire mais aussi à devenir ces enquêteurs des détournements de fonds publics au profit des écoles privées, permis par la somme des lois antilaïques.

Ecole publique privée de fonds

De la Loi Debré aux rythmes scolaires, des sommes colossales disparaissent pour permettre au parti noir de poursuivre son existence oisive au crochet de la société. Voilà pourquoi nous serons dans la rue le 5 décembre 2015, de la République aux grands boulevards, nous réclamons et nous réclamerons l’abrogation de la Loi Debré, mère de toutes les lois antilaïques.

Si nous sommes réunis, ici, c’est bien que notre tradition est celle de manger gras, contre les curés qui voulaient nous obliger à manger maigre. Tristes sires que ces calotins, que leur paradis doit être triste. Pour notre part, nous avons le nôtre dans notre assiette et dans nos verres. Fidèles aux banquets antiques, dans la plus pure tradition Epicurienne où s’allie l’amour de la chair et le travail de la Raison, nous n’aurons de cesse de combattre l’Infâme, exigeant le bonheur.

Comme l’écrit Camus dans L’Homme révolté : « A cette heure où chacun d’entre nous doit tendre l’arc pour refaire ses preuves, conquérir, dans et contre l’histoire, ce qu’il possède déjà, la maigre moisson de ses champs, le bref amour de cette terre, à l’heure où naît enfin un homme, il faut laisser l’époque et ses fureurs adolescentes. L’arc se tord, le bois crie, Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre. »

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Oui, nous avons le droit au bonheur, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité et à la laïcité

Mécréantes, mécréants, citoyennes et citoyens irrespectueux des dogmes, vous aurez compris que depuis décembre la Libre Pensée et la laïcité sont au cœur des débats, des regards, des combats. Je vous invite donc solennellement, en ce soir de banquet gras, à rejoindre les rangs de la Libre Pensée, à adhérer à la fédération, au groupe qui organise ce banquet, à prendre place dans nos structures, et à préparer ensemble la manifestation du 5 décembre 2015.

Un dernier mot : les élections départementales viennent d’avoir lieu. Sans vouloir jouer un rôle qui n’est pas celui de la Libre Pensée, il convient de constater que la laïcité a été instrumentalisée par tous, de Manuels Valls à Nicolas Sarkozy en passant par Marine Le Pen, pour servir de repoussoir et de nouvelle croisade. Tous, à des degrés divers, ont parlé de la même chose : le voile islamique à l’université, les repas sans porc, la laïcité dans le domaine privé.

Mais la vieille dame qu’est la laïcité ne s’est pas laissée faire. Dans la course à l’échalote antimusulmane, le succès n’a pas été au rendez-vous pour tout le monde. Un électeur sur deux a refusé de prendre son bâton de pèlerin pour aller aux urnes. Le rejet a été massif contre la volonté de dresser les citoyens les uns contre les autres.

Le colloque que nous avons tenu et réussi le 21 mars sur « Laïcité et libertés publiques » montre qu’autour de la Libre Pensée un regroupement des forces laïques est en train de se constituer. Un débat commence avec ceux qui n’avaient pas tous le même point de vue. La situation impose des clarifications sur les choses essentielles.

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Il n’est pas rien que la Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue de l’Enseignement, la Libre Pensée, l’Union rationaliste aient organisé un tel colloque. Tout le monde n’a pas dit la même chose, mais la réflexion avance. Elle aura des suites prometteuses.

C’est pourquoi notre manifestation du 5 décembre en défense de la loi de 1905 et pour l’abrogation de la loi Debré va être aussi un moment important du combat laïque. La Fédération nationale de la Libre Pensée est aujourd’hui en mesure de peser dans la situation. Il faut que nous soyons des milliers dans la rue le 5 décembre pour défendre la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, défendre nos libertés démocratiques.

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Pour que les fonds publics n’aillent qu’à la seule Ecole publique : il faut abroger la loi Debré !

Tous à Paris, le 5 décembre 2015, place de la République !

Vive la Libre Pensée !

A bas la Calotte et vive la Sociale !