La République passera t-elle un jour par Ploërmel ? par Pascal Massiot

C’est la question que l’on peut se poser au regard de ce qui se passe dans cette localité morbihannaise d’un peu moins de 10 000 habitants située à 1 heure et demie de route de Nantes.

Deux affaires ont en effet eu un retentissement bien au-delà de la Bretagne : d’une part, le combat mené depuis des décennies pour la construction d’un lycée public à Ploërmel et d’autre part la lutte pour que disparaisse une édifiante statue de Jean-Paul II (huit mètres de haut), « œuvre » de l’artiste russe Zurab Tseretli, érigée en 2006 sur une place de la commune, aidée en cela par une subvention de 4500 euros versée par le Conseil général de Morbihan (1).

Le tribunal administratif de Rennes a donné raison à la Libre pensée qui demandait le retrait de la statue de Jean-Paul II du domaine public de Ploërmel.

Le tribunal administratif de Rennes a donné raison à la Libre pensée qui demandait le retrait de la statue de Jean-Paul II du domaine public de Ploërmel.

 

Nous laisserons pour l’heure ce dossier de la statue du pape de côté en précisant toutefois que le Tribunal Administratif de Rennes, dans sa décision du 30 avril 2015, « fait droit à la requête de la Fédération morbihannaise de la libre pensée en jugeant que la statue de Jean-Paul II, parce qu’elle est surmontée d’une croix monumentale, présente un caractère religieux ostentatoire, ce qui fait obstacle à son implantation dans un lieu public, sauf à méconnaître l’article 1er de la Constitution et l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État ». La justice donne six mois à la commune pour que la statue soit retirée de l’espace public.

Combat gagné pour la Libre Pensée et les défenseurs de la loi de 1905.

Calendes grecques

Il n’en n’est pas de même en ce qui concerne le lycée public dont le projet remonte aux années soixante.

C’est un dossier dont on parle depuis des décennies à Ploërmel, une des rares villes de plus de 10 000 habitants en France à ne pas disposer d’un tel établissement.

 

lycee_ploermel

Petit rappel des faits jusqu’à nos jours :

  • Dès 1966, les promoteurs d’un établissement public, que l’on qualifiera de laïques et républicains, se heurtent à un refus de la municipalité. Par la suite se créent divers collectifs locaux d’enseignants et de parents d’élèves.
  • En 1995, le Conseil Régional de Bretagne donne son accord pour un lycée public à Ploërmel. En 2012, le même Conseil Régional donne son accord également. Plus récemment, lors du conseil communautaire du 23 octobre 2014, l’actuel maire, Patrick Le Diffon fait adopter le « oui » sauf que dans les faits c’est toujours « non ».
  • Dernier épisode : le conseil communautaire du 10 juin dernier adopte le choix d’un terrain, sauf que celui-ci n’est pas viabilisé et appartient toujours à un propriétaire privé.

La première pierre de l’établissement n’a pas donc toujours pas été posée près de cinquante années après les premières demandes.

Laissez venir à moi les petits écoliers

Rappelons qu’à Ploërmel, deux lycées existent, ils sont privés et gérés par la très catholique confrérie des Frères de La Mennais, laquelle a la main mise sur l’ensemble des établissements de la commune bretonne (de la maternelle au lycée!). De fait, le choix entre lycée public et lycée privé n’existe pas, c’est privé ou privé.

Pour qu’un élève ploërmelais intègre le lycée public le plus proche, il devra consacrer quotidiennement en termes de transport, quarante minutes aller et quarante minutes retour pour se rendre dans la commune de Guer, lieu de l’offre publique la plus proche. Si ce même élève choisit l’internat, le coût engendré atteint allégrement les 1500 euros par année scolaire.

La question qui s’impose alors c’est : «à quand un lycée public à Ploërmel ? ». Devra t-on attendre encore cinquante années d’atermoiements et de procédures?

On peut se demander en outre si les décisions régionales, municipales ou émanant du conseil communautaire (voir ci-dessus), portant avis favorable pour la construction du lycée public ne sont pas que de l’affichage, quelle en est la sincérité ? Existe-t-il, comme d’aucuns l’affirment, un pacte secret entre les autorités municipales et les Frères de La Mennais pour annihiler toute réalisation concrète permettant à cet établissement de voir le jour ?

Manifestation pour le lycée public le 6 juin 2015 à Ploërmel

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A bas la calotte !

Ce combat laïque et républicain sera t-il un jour gagné ?

Il est de bonnes raisons de le penser, car la mobilisation citoyenne est en marche et amènera tôt au tard les autorités tant au niveau local, départemental, régional et au-delà, à satisfaire cette exigence citoyenne.

Ainsi, le 6 juin 2015, une manifestation a rassemblé plus de 800 personnes, (dans une ville, rappelons-le, de 10000 habitants !), venues défendre ce projet de construction d’un lycée public.

Huit cents personnes dans la rue pour que la liberté d’enseignement existe à Ploërmel, pour que in fine la liberté de conscience, principe constitutionnel, soit respectée.

Exigeons qu’enfin la république passe sur cette terre sous emprise catholique, terre peu servie, c’est un euphémisme, par les élus de la république qui s’y sont succédé et qui ont échoué ou ont feint de vouloir réussir.

Les défenseurs de la séparation des églises et de l’Etat, de la laïcité, de l’égalité républicaine ne laisseront pas de répit à la calotte et à ses valets pour que la république cesse d’être bafouée à Ploërmel comme ailleurs.

P_Massiot

Pascal Massiot

(1) – Lire à ce sujet l’excellent article dans le numéro 1 de la Revue 21 (2008) , intitulé «Ploërmel sur Russie » et consultable en ligne gratuitement sur : http://www.revue21.fr/tous_les_numeros#n-01